Aventures en famille

Golfe du Tonkin

Écrit par Famille Carrard | 11/10/2012 – 01:58

On prend nos marques au Vietnam

L’arrivée au Vietnam nous place devant de nouvelles situations. Si le dépaysement n’est pas total par rapport à la Chine, il nous a fallu un petit temps d’adaptation, notamment pour assimiler quelques notions de vietnamien et perdre le réflexe des phrases toutes faites en chinois.

Le changement de cadre apporte son lot de bonnes et moins bonnes surprises ; de l’Indochine française, les Vietnamiens ont entre autre conservé les sandwiches-baguette, ce qui constitue toujours une bonne alternative aux spécialités locales quand on a besoin de notre « petite dose d’Occident ». Outre les boulangeries, nous découvrons avec bonheur les petites terrasses de cafés, alors qu’en Chine, pour boire un jus, il nous fallait squatter les devantures des épiceries ou des stations-service où nous nous approvisionnions en boissons fraîches. Enfin (et surtout !) le café fait partie intégrante des plaisirs quotidiens au Vietnam. Le café viêt glacé est un must, mais très concentré, il se consomme plutôt en début de journée, faute de quoi c’est la nuit blanche assurée !

L’un des aspects auxquels la Chine ne nous avait pas habitués, c’est malheureusement le fait que l’étranger est de manière assez systématique considéré comme une vache à lait ; on n’a aucune vergogne à doubler, voire tripler les prix des produits de base, tant au marché que dans les commerces ou les bistrots. A peine passée la frontière à Mong Cai, nous avons été confrontés à une tentative d’arnaque dans un fast food, dont les prix étaient pourtant affichés : au moins nous étions prévenus !

Côté trafic, nous n’avons été confrontés directement à une circulation dense qu’à partir de Cam Pha, une vingtaine de km avant d’arriver à Ha Long : l’extrémité nord-est de la côte sur la mer du Tonkin est en effet très peu peuplée et le trafic motorisé transfrontalier avec la Chine peu important. En ville, c’est une autre histoire, comme nous avons pu le constater en arrivant à Ha Long, puis Hai Phong : beaucoup moins de gros véhicules qu’en Chine et moins de vélos et autres véhicules lents avec ou sans moteur ; le scooter y est en revanche roi et omniprésent ! S’il y a donc moins de risque de collision grave contre plus gros que nous, par contre, comme ça fuse dans tous les sens, il faut avoir les sens constamment en éveil pour ne pas se faire accrocher. A Hai Phong en particulier, les axes du centre-ville hérités de la trame urbaine coloniale sont assez étroits et dépourvus de pistes « cyclables », ce qui restreint considérablement la possibilité de garder ses distances avec les autres usagers. Vivement Hanoï !

De Mong Cai à Ha Long

Etrange ville que celle de Mong Cai : elle tourne littéralement le dos à la mer et s’organise autour de quelques avenues et ronds-points disproportionnés pour la taille de la localité. Près de la frontière, d’immenses hôtels à l’architecture d’un délicat goût stalinien semblent tout droit surgis de champs en friche. Quelques quartiers populaires conservent néanmoins de petits bâtiments centenaires aux teintes beige-jaune.

Bien décidés à rejoindre le plus vite possible la baie d’Ha Long, nous embrayons directement sur trois étapes à la suite (ce qui fera six jours de vélo d’affilée, avec les trois dernières étapes chinoises). D’abord au plat dans les rizières, nous découvrons une campagne verdoyante moins tirée au cordeau qu’en Chine voisine. La population rurale habite de minuscules masures turquoises entourées de jardinets qui, disséminées au milieu des champs, ont l’air de maisons de poupées. Les villages semblent avoir poussé uniquement le long des routes, où s’alignent d’étroites maisons colorées bâties tout en hauteur, qui tranchent avec les larges façades à catelles qui nous ont accompagnés tout au long de nos pérégrinations chinoises. Le pittoresque des plus petites villes tient souvent du bric et du broc et de l’ambiance générale très colorée de la rue vietnamienne. Au cours de nos étapes, nous devons nous forcer à ne pas nous arrêter à chaque terrasse où l’inscription « Café » (en français, s’il vous plaît !) nous fait relâcher la pression sur les pédales.

La route passe au droit en évitant les fluctuations du rivage et nous ne voyons la mer que de loin, via les estuaires de rivières servant de port à des bateaux de pêche bariolés. En s’approchant de la Baie d’Ha Long, la côte devient de plus en plus accidentée. Tantôt la route prend à travers les collines et nous gratifie de quelques montées et descentes mémorables (dignes du Hunan), tantôt elle passe au pied des falaises calcaires en bordant les mangroves, l’occasion d’admirer pendant qu’ils subsistent encore, ces écosystèmes passablement malmenés par les activités humaines.

La baie d’Ha Long et l’île de Cat Ba

Ha Long consiste en fait en un agglomérat de plusieurs localités distinctes. De l’est, nous arrivons d’abord à Hong Pha, ville moderne et bruyante qui développe pourtant toute une série d’hôtels avec vue sur rien ou sur des chantiers navals, exception faite d’un quartier de petits hôtels concentrés autour d’un lac intérieur. Une fois passé le pont suspendu sur le bras de mer qui sert de port industriel, on trouve le quartier de Bai Chay, dont la façade donnant sur la baie a été vendue aux grands complexes hôteliers. En retrait, une fois franchie une imposante alignée de petits hôtels tous pareils, on trouve une vraie petite ville normale, sans cachet, mais avec un marché et des bistrots à l’atmosphère plus populaire.

Après nos six jours intensifs de vélo avec un passage de frontière au milieu, nous ressentons le besoin de souffler un peu. Nous évitons donc de frayer avec les inévitables casse-pieds qui vendent des tours en bateau et profitons de spécialités culinaires, où fruits de mer et poisson se taillent la part du cachalot. Nous sommes en basse saison et ça se voit : les restaurants à touristes sont désespérément vides, les tour operators roupillent derrière leur guichet et les vendeurs de babioles en tous genres du marché touristique semblent nous tenir la jambe davantage par désœuvrement que par appât du gain…

Fidèles à notre credo de voyageurs « différents », pendant que d’autres vont dépenser des dizaines de millions de dong en dormant sur des jonques avec jaccuzzi, nous admirons la baie, ses pics calcaires et ses pétroliers depuis la plage : imaginez une belle plage de 300 m de long où il n’y a absolument personne (à part vous). C’est assez fascinant, lorsque l’on sait qu’ailleurs, les plaisanciers se bagarrent pour le moindre mètre carré de sable où poser sa paillasse… Il est vrai aussi que les occidentaux qui font le voyage de la baie d’Ha Long ne sont généralement pas là pour du balnéaire… quelque part, y bâtir des châteaux de sable avec les seuls crabes pour compagnie relève d’un snobisme que n’aurait sans doute pas renié Boris Vian !

Après deux jours à ce régime, nous embarquons armes et bagages sur le ferry pour l’île de Cat Ba. La traversée nous permet d’admirer de plus près le paysage sublime de ces pics surgis de l’eau – ou plutôt, ce qui dépasse encore du « dragon s’enfonçant dans la mer », car telle est la signification de « Ha Long ».

Une trentaine de km à vélo à travers champs et forêt tropicale nous amène à l’extrémité sud de l’île. Depuis la désaffectation de son fort d’artillerie, la petite ville de Cat Ba est tiraillée entre son histoire de petit bled loin de tout et un très récent développement touristique sans précédent: il suffit de comparer ce qu’en disent des guides comme le Routard et le Lonely Planet : il y a un monde entre les versions de 2008 ou 2009 et 2012. Nous terminons au 5e étage d’un petit hôtel avec une vue imprenable sur la baie qui sert de port principal et ses multiples bateaux de pêche.

Nous ne pouvions faire l’économie d’une balade dans les îles de la baie de Lan Ha, la partie la plus au sud-ouest de la baie d’Ha Long, qui borde la côte est de l’île de Cat Ba.

Entre parenthèses, nous avons ici un exemple d’un des grands paradoxes de notre voyage : nous avons choisi une minuscule chambrette bon marché et avons pourtant loué un joli bateau privé ayant le triple de surface de celle-ci (no comment sur le prix !)…  Fin de la parenthèse.

Grimper un peu dans l’île aux singes nous permet d’embrasser du regard une bonne partie de la baie.

Par contre, le panneau interdisant de jeter des détritus et de nourrir les singes prête à rire : ceux-ci vivent dans un dépotoir ne résultant pas de ce que jettent individuellement les touristes de passage, mais bien du fait que le seul bistrot de l’île (à 10 m du panneau) n’évacue pas ses déchets. Dans le ruclon à l’arrière du bâtiment, que les singes ont éparpillé jusque sur la plage et dans la forêt voisine, ceux-ci s’évertuent à terminer les fonds de canettes et de bouteilles. L’alcoolisme chez les macaques de l’île risque de devenir un problème de société à part entière…

Nous continuons notre périple à travers les innombrables îlots aux formes les plus étonnantes et traversons plusieurs gros villages flottants où les pêcheurs s’adonnant à l’élevage d’huîtres et de divers mollusques. Ces localités consistent en une multitude de maisons de bois et de tôle peintes en vert ou bleu bâties sur des plateformes flottantes. Les petits porches devant l’entrée voient fleurir cuisinette, tables et chaises pour l’apéro et plantes vertes. On y vit en permanence, en témoignent des épiceries et des magasins de fripes. Des bateaux de pêche, que l’on retrouve aussi bien dans ces villages que dans le port de Cat Ba,  sont reconvertis en stations-service flottantes.

Hai Phong

Nous quittons Cat Ba pour Hai Phong sous une pluie torrentielle ; la route de la côte ouest borde d’abord les chantiers de futurs complexes hôteliers puis serpente, creusée dans les falaises qui tombent dans la mer ou longe la mangrove. Au premier ferry fait suite une seconde île – toute plate celle là – avec des villages de pêcheurs sur la terre ferme cachés derrière des digues ; un second ferry et nous voilà à nouveau sur la terre ferme. Dur retour à la réalité, puisque la bande côtière bordant Hai Phong au sud et à l’est consiste en une gigantesque zone industrielle en chantier. Usines, gravats et remblais y ont depuis longtemps remplacé la mangrove.

La ville de Hai Phong, troisième du Vietnam en taille, n’est pas une destination touristique en soi. Nous y découvrons l’effervescence des grandes villes avec ses centaines de milliers de scooters. Boulangeries, cafés et baguette au pâté (dès le petit déj’ dans la rue) sont omniprésents et évoquent le passé français du pays, tout comme une imposante série de maisons et de bâtiments publics anciens disséminés dans la ville. D’innombrables petites ruelles permettent de découvrir ça et là des bijoux de vieilles masures plus ou moins décrépies. Pourtant, l’atmosphère générale, les chapeaux coniques, les faisceaux de milliers de fils électriques pendouillant jusqu’aux trottoirs défoncés et squattés par marchands ambulants et scooters, les rez-de-chaussée grands ouverts servant à la fois de magasin, d’atelier mécanique, de bistrot de quartier et de chambre à coucher sont la pour nous rappeler que nous sommes bien en Asie du sud-est…

Nous restons deux journées à Haiphong à prendre la température du vrai Vietnam. Si le rendement kilométrique pédalé diminue, c’est pour mieux profiter des pains au choc !


5 commentaires »

  1. De Sylvie Favre le 11 Oct 2012 | Répondre

    Ah mais toutes ces bonnes choses « françaises » vont redonner des kilos à Frédéric !
    Merci pour cette découverte du Vietnam et on attend avec impatience la suite.
    Bonne continuation
    Les Favre’s

  2. De Marraine Céline le 14 Oct 2012 | Répondre

    Wow, mais quelle description détaillée! On s’y croirait presque! Ca fait envie ces images exotiques 🙂 Moi j’pars 3 jours à Majorque. Pas en vélo. Pas en Asie. Mais j’pars quand-même 😉 Merci pour ces récits d’aventure! J’aime beaucoup la photo de la plage, on dirait qu’Eugénie fait de la danse! Gros becs à chacun des 4 singes!

  3. De Maman le 14 Oct 2012 | Répondre

    Ben dis donc, y a à lire!!! Ca me fait mon petit voyage du dimanche sans effort, mais hélas, il faut qd même que je fasse ce que j’avais prévu : payer des factures!!!

    Gros becs à vous quatre

  4. De forestier Michele le 14 Oct 2012 | Répondre

    bonjour a vous de retour de corse j’ai beaucoup a lire,belle descriptions je me revoit dans la baie et dans les petits village…bises

  5. De tonton pierre le 25 Oct 2012 | Répondre

    Bonjour les grands voyageurs et merci pour vos magnifiques photos et un texte au top.Félicitations pour votre traversée de la Chine et du Vietnam et encore beaucoup d’aventures avec vos petits chéris qui ont l’air en pleine forme.
    Bon voyage!

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